Retour sur mon voyage en solo

Retour sur mon voyage en solo 1800 1461 anjichiban

J’ai effectué un voyage en sac à dos de six mois, de Août 2018 à Janvier 2019. J’ai tenté de tenir un journal de bord durant cette période, tentative avortée par le dynamisme du voyage dans lequel je me suis plongée… A mon retour cependant, l’envie de reprendre l’écriture m’a paru essentiel pour digérer ce que j’avais vécu et en tirer des enseignements…

A la conquête de la liberté

Quand on est jeune, on pense que la liberté, c’est être libre de faire ce que l’on veut. On a envie de se libérer de l’attente de ses parents, de vivre sans contraintes. Nos parents nous apprennent au contraire à nous responsabiliser.

Peut-être avez-vous connu une période de rébellion, où vous ne vouliez qu’en faire à votre tête ? Personnellement, j’ai rêvé de ces grands espaces de liberté, pour pouvoir agir comme je l’entendais. J’ai grandi dans un environnement familial très strict, où je n’avais pas le droit de sortir voir des copains ou des copines. Persuader mes parents d’aller dormir chez ma meilleure amie, c’était comme passer l’épreuve du feu. J’enviais ceux qui m’entouraient d’avoir plus de liberté que moi, et une idée a germé dans ma tête si fort qu’elle deviendra un but à atteindre pendant longtemps : celui de tout claquer pour partir en sac à dos, à la conquête de cette liberté là. Je me souviens encore du jour où nous avions commencé à étudié le road movie en classe de littérature, et comment l’idée d’un voyage en quête de soi avait pris forme dans mon esprit.

En grandissant, j’ai compris que la liberté était une notion bien plus complexe, et que l’être humain ne semble jamais être satisfait ou conscient de sa propre liberté, en regard de celle d’un être opprimé. Je réalisais que ma famille était bien plus ouverte que je ne l’aurais pensée, me permettant d’agir et de faire comme je l’entendais, beaucoup plus que chez des ami.e.s Je grandissais en voyageant beaucoup intérieurement, comprenant également au gré des voyages des autres que chacun avait sa propre perception du voyage, et que quelqu’un qui avait beaucoup voyagé ne signifiait pas toujours que cette personne était plus ouverte que moi.

Voyager en solo : quand la liberté s’empare de vous

Puis un jour, vint un moment où je me suis sentie prête. Prête à partir, à franchir le pas. Quand on me demande comment ai-je fait, je réponds souvent que je me suis réveillée un matin, en réalisant que je pouvais le faire. Mais la réalité est souvent plus complexe, vous l’aurez compris. Sans doute que des petits voyages précédents m’ont aidé à préparer ce terrain là et alimenté ce goût pour l’aventure ; sans doute parce que ces voyages, je les avais faits seule la plupart du temps et que cela m’avait conforté dans l’idée que j’étais capable de voyager seule… En fait, je ne pourrais jamais vous expliquer clairement comment je me suis sentie prête. Je crois qu’une des réponses possible serait que vous expérimentiez vous-même ce type de voyage, dans une destination qui ne vous fait pas trop peur et pour une petite durée.

Me voilà donc partie, dans un continent avec une perte de repères totale, dans un nouveau terrain de jeu. Un terrain de tous les possibles. Arriver seule dans un milieu que je ne connaissais pas m’a apporté une joie immense : un sentiment grisant d’invincibilité accompagné de cette liberté incroyable dont on respire le parfum.

Mais liberté rime aussi avec responsabilités : celle d’être responsable de soi-même, de ses erreurs, de sa route, de ses coups de mous, de ses rencontres… En même temps que je me suis libérée des attentes de ma famille, de la société, je me suis réconciliée avec moi-même, apprenant à me faire confiance et à être indulgente avec moi-même. Je suis partie en ayant le cœur le plus ouvert possible, je me suis laissée portée au gré de mes rencontres, sans jamais connaître d’avance ce qu’il en serait. J’ai bien sûr quelques fois fait des erreurs, mais je m’en suis toujours sortie indemne. Je me suis découverte des forces insoupçonnées et une capacité d’adaptation plus forte que je ne l’aurais pensée. Cela m’a bouleversé : sommes-nous si limités que nous le pensons, quand on se dit que ceci n’est pas pour moi ?

Un voyage intérieur et extérieur

C’est cliché d’entendre que faire des longs voyages vous changent à jamais. Je n’ai pas l’impression d’avoir radicalement changé, mais plutôt celle d’avoir mûrie, et de voir les choses de manière plus vaste, dans un ensemble encore plus grand qu’avant. J’ai dépassé des peurs et des aprioris, me sentant doucement délestée de poids qui ne m’appartenaient pas.

En Taoïsme, la corrélation du macro et du micro, de la Nature et de l’Homme, du grand et du petit est l’essence même de ce qui constitue l’Univers. Elle est une invitation à toujours voir les choses non pas pour ce qu’elles sont mais dans un ensemble constitué d’un contexte, d’actions/réactions et d’au-delà de notre nombril d’être humain. Dans notre quotidien, on est souvent dans nos bulles, on connaît l’existence des autres qui nous entourent et de leurs cultures. On pense savoir comment le monde marche. Mais sait-on jamais ?

Alors je vous souhaite de voyager, le cœur grand ouvert, sans poser de jugement et d’apprendre à écouter ce que les autres ont à vous dire.

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